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Orange Cinema Biographie de Louis Jourdan


"Hollywood, à pas de géants"

12 octobre 2010
Louis Jourdan

En octobre c'est mon anniversaire donc je me fais plaisir en évoquant la carrière du séduisant et aristocratique Louis Jourdan.

Pour ceux qui se demanderaient, Louis Jourdan c'est Stephan dan "Lettre d'une inconnue", le plus beau film de tous les temps. C'est aussi Gaston dans "Gigi" et le méchant Kamal Khan dans "Octopussy". Deux films plutôt oubliés le mettent à l'honneur sur Orange ciné géants ce mois-ci : "La fontaine aux amours" et "Rue de l'Estrapade", les deux faces d'une carrière partagée entre Hollywood et le vieux continent. Mais avant de commencer je cède la parole à Judy Garland qui l'introduisait en fredonnant ceci dans son émission The Judy Garland Show en 1964: "Every little breathe seems to whisper "Louis". Every bird in the trees seems to whisper "Louis".
Ladies and gentlemen Mister Louis Jourdan!"

• Louis le gendre idéal

Avant toute chose, une fois n'est pas coutume, la personne dont nous allons parler est toujours vivante. Monsieur Louis Jourdan a aujourd'hui 89 ans et vit en Californie avec son épouse Quique. Ils ont fêté cette année leurs 66 ans de mariage.

Elu « The Most Exciting Man in the World » en 1959.

Louis Gendre est né en 1921 à Marseille dans une famille plutôt riche. Il reçoit une bonne éducation, rencontre du beau monde et décide de se lancer dans le cinéma. Il s'installe à Paris et suit quelques temps le cours de René Simon.

Alors qu'il est assistant-opérateur sur le tournage d' « Entrée des artistes » de Marc Allégret, Louis Jouvet lui suggère de passer devant la caméra. Allégret est manifestement de son avis puisqu'il lui offre un rôle dans son film suivant "Le Corsaire" avec Charles Boyer. Le film reste inachevé mais Louis, qui a pris le nom de sa mère, Jourdan, reste devant la caméra.

Il fait ses armes auprès de nombreuses gloires du cinéma français parmi lesquelles les acteurs Michel Simon, Danielle Darrieux, Jules Berry, Michèle Morgan et les cinéastes Marcel L'Herbier, Henri Decoin et Marc Allégret avec qui il tourne fréquemment. D'un film à l'autre, son nom grimpe en haut de l'affiche.

Mais ses débuts au cinéma coïncident avec l'éclatement de la seconde guerre mondiale : les productions sont contrôlées, les tournages deviennent difficiles. Les nazis approchent Jourdan pour tourner dans des films de propagande mais celui-ci refuse. En 1943, son père est arrêté par la Gestapo, Louis et ses deux frères s'engagent alors dans la Résistance jusqu'à la Libération. Sa principale contribution est d'aider à imprimer et distribuer des journaux anti-allemands. C'est dans la clandestinité qu'il rencontre Berthe Frédérique "Quique" qu'il épouse à la fin de la guerre.


• Everybody comes to Hollywood...

"Je ne regarde jamais mes films. Quand ils passent à la TV, je change de chaîne. Hollywood a créé une image et ça fait longtemps que je m'en suis fait une raison. J'étais le cliché du français. »
Louis Jourdan en 1985.

En 1946, alors qu'il n'a pas tourné depuis 3 ans, Louis est contacté par le producteur de "Autant en emporte le vent", David O. Selznick, qui lui fait signer un contrat pour 7 ans. Pour son premier rôle hollywoodien, Selznick impose Louis pour le rôle d'André Latour dans "Le Procès Paradine" contre la volonté d'Alfred Hitchcock. Alfred étant une personne facile et David O. Selznick un garçon conciliant, on imagine que le tournage a dû se dérouler à merveille.

La même année il tourne "Lettre d'une inconnue" de Max Ophüls, le film parfait. Il y interprète Stefan Brand, jeune pianiste talentueux mais dissolu, objet de l'amour inconditionnel et presque fou de Lisa, l'amour de toute une vie. Aux côtés de Joan Fontaine qui incarne Lisa avec une finesse qui touche au sublime, Louis est parfait en séducteur un peu lâche et un peu minable et extrêmement émouvant en homme brisé qui découvre comment il a gâché sa vie.

Sa prestation très convaincante persuade les producteurs de lui remettre au plus vite son costume de séducteur européen suave et irrésistible. Les rôles un peu stéréotypés s'enchaînent, tant et si bien que Louis devient malgré lui le nouveau "French Lover", digne successeur de Charles Boyer. Ce statut ne satisfait guère l'acteur qui ne peut déployer toute sa palette de jeu. Il se révolte contre les studios et se fait suspendre à quatre reprises par Selznick « Le désaccord fondamental avec les producteurs était que je ne voulais pas être perpétuellement celui qui susurre à l?oreille des femmes. Il n'y a pas beaucoup de satisfaction esthétique à cela». Les rôles de français sont d'autant plus stéréotypés que plane sur eux l'ombre du pionnier Maurice Chevalier, créateur du frenchie charmeur et jovial « N'importe quel français en Amérique, qui approche cette profession, a le fantôme de Chevalier derrière lui. » dit Jourdan à ce propos.

• "It's a bore !"

« Je n'ai jamais compris comment tout le succès du film a pu échoir à ce vieillard alors que Gigi et Gaston étaient les personnages principaux »
Louis Jourdan à propos de Maurice Chevalier et du film "Gigi" en 1985.

Chevalier, il le retrouve justement en 1958 pour tourner le film le plus célèbre de sa carrière, "Gigi", en compagnie d'une autre française Leslie Caron. Réalisé par Vincente Minnelli, le maître de la comédie musicale flamboyante et écrit par le duo Frederick Loewe et Alan Jay Lerner ("My Fair Lady"), "Gigi" est une nouvelle fois l'occasion pour Louis de s'illustrer, même si le rôle de Gaston reste dans le domaine du stéréotype français évoqué plus haut.

L'histoire : à l'aube du XXème siècle, un riche playboy parisien (Jourdan), fatigué du vain tourbillon de fêtes et de femmes, prend ses distances avec la philosophie jouisseuse de son oncle (Chevalier) et s'éprend à son insu d'une toute jeune fille (Caron) avec qui il a l'habitude de tromper son ennui par des jeux innocents.

Le film est un énorme succès qui permet à Jourdan de gagner son indépendance vis-à-vis des studios et de choisir des rôles qui l'intéressent davantage. Notons qu'en 1985, Louis reprend à Broadway le rôle de l'oncle Honoré Lachaille tenu par Chevalier quelques 25 ans plus tôt.

En parallèle à sa carrière hollywoodienne qui lui offre peu de satisfaction sur le plan artistique, Louis Jourdan participe à de nombreuses séries télévisées en tant que guest ("Columbo", "Drôles de dames"). De 1953 à 1955, il a même sa propre série télé "Paris precinct" (Chasse au crime) dans laquelle il interprète un jeune flic qui poursuit les criminels dans les rues de Paris avec son coéquipier plus expérimenté (Claude Dauphin).

C'est à la télévision qu'il donne quelques unes de ses meilleures performances, son interprétation du comte Dracula dans le téléfilm britannique du même nom est à cet égard absolument remarquable. Par contrat, il est tenu de participer à des émissions télévisées dans lesquelles il apparaît décontracté et plutôt drôle (cf son passage au "Judy Garland Show" où il se plaint de devoir interpréter une chanson d'amour alors qu'il voudrait swinguer, et sa prestation à "What's my line?" où il berne quatre candidats aux yeux bandés qui doivent deviner qui il est, en adoptant un grossier accent yankee. Hilarant).

• Louis, dark prince.

Kamal Khan: "You seem to have this nasty habit of surviving.
James Bond: You know what they say about the fittest".
"Octopussy", 1983

Outre ses escapades télévisuelles, Louis Jourdan prend ses distances avec le carcan hollywoodien en retournant régulièrement tourner en Europe et notamment en France, citons à ce titre "Rue de l'estrapade" en 1953 ou "La Mariée est trop belle" en 1956 avec Brigitte Bardot. Mais là encore les rôles ne sont pas très épais, un mari volage dans le premier cas, un amant indécis dans le second. C'est le grand drame de Louis Jourdan, il rêve de personnages sinistres et complexes, s'imagine en Jekyll et Hyde, mais son physique avantageux et son air distingué jouent contre lui.

C'est à Broadway qu'il va trouver un rôle à sa mesure. Dans "The Immoralist", d'après le roman autobiographique d'André Gide, il casse radicalement son image en interprétant un homosexuel qui épouse une femme mais la délaisse totalement. Les critiques qualifient son interprétation de subtile et sensible mais une partie du public n'accepte pas le caractère subversif de la pièce et Louis recevra pendant des années des lettres d'insultes.

Vers la fin de sa carrière, il s'oriente vers des rôles de méchants, plus excitants à incarner et qui lui avaient plutôt réussi dans un de ses films préférés "Le diabolique M. Benton" où il incarnait un mari psychopathe qui cherche à assassiner sa femme Doris Day. Citons le maléfique Dr Arcane de "La Créature du marais" de Wes Craven en 1982 (et son sequel "La Créature du lagon : le retour") et surtout le raffiné prince Kamal Khan, fan d'armes nucléaires et ennemi coriace de James Bond dans "Octopussy".

En 1992, âgé de 73 ans mais très bien conservé, Louis Jourdan interprète son dernier rôle dans "L'année de la comète", celui d'un tortionnaire sans scrupules mais au charme exquis.

Monsieur Louis Jourdan a été fait chevalier de la Légion d'Honneur en juillet 2010, en présence de sa femme et de ses amis Kirk Douglas et Sidney Poitier, pour sa carrière d'acteur mais surtout pour son implication dans la Résistance durant la seconde guerre mondiale.

Bien à vous,
Audrey.